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De quelques éléments professionnels
samedi 26 juin 2010, par
Le nom de rééducation apparaît ainsi lorsque les GAPP créés en 1970 disparaissent, pour laisser place aux RASED créés par la circulaire d’avril 1990. Il y avait la rééducatrice psychomotricienne et la rééducatrice psychopédagogique, il y aura la rééducatrice tout court ou encore le maître G !! la lettre ‚tant le sigle de l’examen qui sanctionne la formation de ces instituteurs spécialisés.
La fonction de rééducatrice serait plus juste si l’on y accolait le mot relationnel : Le travail dont je vais essayer de tracer quelques lignes s’appuie sur des relations, celles avec l’(les) enfant(s), celles avec des parents, celles avec des enseignants et toutes celles avec d’autres professionnels extérieurs … l’école. Elles peuvent représenter, 60 … 70% de son travail.
Ici j’entends très fort dans mon oreille, le cœur de l’Education Nationale crier … l’unisson : MAIS ALORS VOUS FAITES DE LA THERAPIE !
OUI, la rééducatrice peut et doit travailler en relation individuelle, pas toujours mais souvent : L’indication de rééducation au départ est toujours INDIVIDUELLE, le groupe ‚tant un support parmi d’autres pour travailler une dynamique particulière, ou encore un évitement nécessaire … la relation duelle, l’enfant et/ou la rééducatrice ne pouvant pas être dans ce type de relation … un moment donné‚. MAIS NON la rééducatrice n’est pas une thérapeute, une psychothérapeute ou une psychanalyste (elle n’en a ni la formation, ni les tâches ni la fonction, mais elle peut en avoir certaines compétences - une qualité‚ d’écoute, une qualité d’empathie...-)
OUI, la rééducatrice se fait payer... comme institutrice spécialisé‚e par l’Education Nationale MAIS NON aucun autre paiement réel ou symbolique ne fait partie de sa fonction, et elle ne reçoit pas de clients, encore moins de patients.
OUI, la rééducatrice travaille dans une relation donc expérimente des effets de transfert, contre-transfert : Ce qui se passe dans toute rencontre quand des ‚motions, des affects, des images sont suscité‚s, sollicité‚s par "l’histoire" de cette rencontre. MAIS NON ‡a n’est pas son outil de travail.
OUI, la rééducatrice raconte des histoires aux enfants, entend raconter des histoires par les enfants, joue des histoires avec les enfants, histoires qui sont toujours des représentations de ce que chaque individu porte en soi. MAIS NON elle n’interprète ni fantasme, ni rêve, ni discours latent comme le ferait un psychanalyste.
OUI, la rééducatrice reçoit des parents, fait des entretiens avec des enfants, des familles, suite au signalement d’un enseignant, inquiet quant … la difficulté‚ d’un de ses ‚lèves … Etre élève dans son école, dans sa classe. MAIS NON elle n’est pas … l’extérieur de cette école, et ne reçoit pas sur la demande des parents sans que l’enseignant ne soit partie prenante dans cette dynamique. même s’il y aurait encore … dire, je terminerai cette question par une autre : Connaissez-vous des psychothérapeutes, des psychanalystes qui travaillent dans ces conditions ?
CONDITIONS, qu’elles soient celles de la rééducatrice, du psychanalyste, ou de tout autre professionnel qui sont NECESSAIRES ET INDISPENSABLES … ce qui d‚finit et garantit UN ACTE PROFESSIONNEL. Ce qui m’amène … parler de la fonction que je connais le mieux, pour la pratiquer, celle de rééducatrice. La rééducation existe … partir du moment o- il y a un processus rééducatif mis en route, et pour cela des conditions préalables pour sa mise en place que sont LE CADRE ET LE METACADRE.
1- LE CADRE : La rééducatrice va d‚finir le plus clairement possible LE LIEU, LE TEMPS, LA REGLE qui sont les éléments de base pour rencontrer l’enfant. C’est parce que cette rencontre ne se passe ni dans une classe, ni … l’infirmerie, ni dans un quelconque couloir ou bureau de passage que l’enfant saura A QUI IL A AFFAIRE. De même c’est parce que le temps passe‚ avec l’enfant, le temps de travail avec l’enfant (souvent celui de jouer) n’est pas le temps scolaire - r‚‚l - mais celui du jeu - imaginaire - que l’enfant saura CE QU’IL VIENT FAIRE D’AUTRE LA. Et enfin c’est parce que cette personne qu’il rencontre n’est pas une maîtresse d’école, ni une maman, ni l’orthophoniste, mais une personne qui travaille avec les enfants, que les parents ont autorisé‚s … rencontrer, qui essaie avec lui de comprendre "comment ‡a marche" - Etre un grand, se faire des copains, apprendre, expérimenter, avoir des ‚motions sans danger, Etre en colère sans danger, ne pas aimer son petit frère parce qu’il vous prend toute la place etc.- que l’enfant saura CE QU’IL PEUT EXPERIMENTER POUR ETRE ET POUR FAIRE afin de devenir un ‚lève "suffisamment" … l’aise dans sa personnalité‚, pour suivre une scolarité‚ sans trop souffrir, voire avec plaisir.
2 - LE METACADRE : La rééducatrice va s’appuyer sur des connaissances, des repères théoriques, du savoir, expérimenté‚s au travers de sa pratique pour travailler … la compréhension de(s) difficulté‚(s) de l’enfant suivi en rééducation. Elle rencontre les partenaires de la rééducation que sont les parents et les enseignants pour mettre en place une dynamique dans laquelle chacun … son rôle … jouer : d’éducation, de rééducation, d’enseignement. L’enfant pour lequel il a ‚t‚ fait une demande est "arrêt‚" dans son développement d’élève et il s’agit de chercher comment le processus qui le dynamisait jusque l… se trouve "en panne". Chaque acteur est agissant - r‚agissant dans sa relation … cet enfant et devra Etre alors activant - r‚activant pour donner une nouvelle impulsion, pour porter un nouveau regard, pour ouvrir de nouvelles perspectives … cet enfant "mis en images" (celui qui agresse, celui qui pleure tout le temps, celui qui ne fait rien, celui qui est nul, celui qui n’apprend pas … lire, celui qui écrit n’importe comment etc.) Mais la rééducatrice travaille aussi avec elle-même, c’est … dire avec ce qu’elle est, avec ce qu’elle peut vivre, entendre, écouter, avec plaisir, avec ‚motion, avec peur, avec douleur... et qui va donc faire partie de ce qu’elle pourra dire ou non de sa relation avec l’enfant ; C’est aussi avec cette honnêteté‚, cette part de v‚rit‚ sur elle-même que la rééducatrice rencontrera l’enfant et lui permettra de se (re)trouver, d’Etre différent et de l’accepter. La rééducatrice n’est pas neutre et elle emmènera l’enfant jusque’… ses propres limites, acceptables par elle. Cela fait partie aussi du METACADRE.
Si j’ai développé‚ un peu longuement cette partie, c’est qu’il me semble essentiel de poser ses bases l… pour essayer de comprendre ce qu’est la rééducation.
J’aimerais maintenant pour terminer ma présentation proposer - non pas une séance type de rééducation - elle n’existe pas, vous l’aurez compris en me lisant - mais un ou deux éléments qui sous-tendent l’objectif d’une rééducation. " Apprendre, nous dit F.Coutou-Coumès , c’est être capable de se séparer, être capable de perdre sa toute puissance, être capable de différencier."
1- Se s‚parer : Pour que l’enfant sorte de la sphère fusionnelle d’avec sa mère, pour aller vers le monde extérieur ; A l’école, c’est accepter la d‚couverte des autres, enfants, adultes, avec leurs singularité‚s, leurs différences, c’est aborder les apprentissages scolaires comme des objets distincts "Lorsqu’il manipule un objet, l’enfant n’est plus l’objet" . Se tromper dans un exercice ‡a n’est pas être nul, c’est faire une erreur ; L’enfant n’est pas l’erreur.
2- Perdre sa toute puissance : C’est avoir vécu et expérimenté‚ l’affrontement d’un monde extérieur qui n’est pas aux ordres directs et immédiats de celui qui voudrait le croire ; A l’école, c’est accepter une relation pédagogique, celui qui vous apprend vient se confronter au monde intérieur de l’enfant (psychique mais aussi différent de la maison), c’est accepter des ajustements, des compromis, une certaine "violence relationnelle", nécessaires … tout apprentissage. Chez le petit enfant, le jeu est un ‚l‚ment force pour qu’il expérimente le mariage entre sa toute puissance imaginaire et le contrôle du réel : C’est son outil de médiation par excellence (celui de la rééducation de fait).
3- Différencier : C’est se séparer et apprendre qu’il y a de l’autre, dans sa fonction, ses désirs, ses modes relationnels etc. C’est être grand ou petit, Etre garçon ou fille, enfant ou parent ; A l’école c’est trier, organiser, ordonner, des chiffres, des lettres, des mots, avec des règles et du sens, communs … tous.
Ces trois notions essentielles pour permettre de l’apprentissage se recoupent bien s-r, mais l’une d’entre elles peut apparaître en rééducation plus pointue qu’une autre. Comme on le voit, apprendre nécessite des compétences psychiques (cognitives et affectives) que la rééducation doit prendre en compte.
Je compléterais cette approche en m’appuyant sur l’ouvrage de R.Dorey qui développe deux expériences clés du tout petit enfant, expériences fondamentales pour l’introduire … ses tous premiers apprentissages.
1 - L’activité‚ de penser : C’est parce que la mère ou toute personne s’occupant de l’enfant, r‚pond suffisamment adéquatement au besoin premier de l’enfant - se nourrir - et ce dans des temps supportables, que celui-ci fait ses premières expériences de satisfaction (Toute-puissance : L’enfant croit que *‡a* vient parce ce qu’il crée l’objet au moment de son besoin ; "L’objet créé, l’objet trouvé‚" ) Puis au fur et … mesure, la mère "suffisamment bonne" permet … l’enfant de vivre sa première "expérience d’effroi" (Dorey) - celle de ne pas avoir de réponse immédiate, mais différée - dans de r‚elles conditions de sécurité et d’affection. L’enfant, n’ayant pas le sein VA DEVOIR IMAGINER pour attendre, SE REPRESENTER pour rester en vie, PENSER QUELQUE CHOSE QUI POURRAIT ETRE COMME LE SEIN (du faire semblant en quelque sorte - le jeu symbolique en rééducation). Mais cette capacité‚ se met en place PARCE QU’IL Y A EU AUPARAVANT UNE REPONSE ADEQUATE, UN OBJET ADEQUAT (le sein) ET PARCE QU’IL Y A EU UNE PERSONNE en mesure d’assurer ce bon environnement, en TOUTE CONFIANCE.
2 - L’activité de curiosité : L’enfant de trois … cinq ans, les enseignant(e)s de maternelle peuvent tout(te)s le confirmer, est normalement curieux des choses de la vie - la sienne en l’occurrence - d’où viennent les b‚b‚s, comment on fait les b‚b‚s, qui a le zizi, qui a la zézaie, est-ce que tu as un mari, est-ce que tu as un enfant etc., etc.
Lorsque l’enfant pose ces questions … ses parents, toujours directement s’il a affaire … des personnes en qui il a confiance, il attend une réponse. Sa question est celle de son origine et la question de son origine c’est, qui est mon père, qui est ma mère et qu’est-ce qu’ils ont fait ensemble. On oublie trop souvent que la question de la différence des sexes chez l’enfant c’est aussi la question de l’interdit de l’inceste - loi humaine qui fait du petit d’homme un Etre humain justement - et c’est parce ce que ses parents ou si cela est difficile d’en parler pour eux, d’autres personnes ont répondu, ont soutenu sa curiosité‚ que l’enfant apprendra : 1 - que la curiosité‚ n’est pas un vilain d‚faut, un grave faute ou un danger, mais une nécessaire mise en relation … l’autre ;
2 - que la question essentielle de son existence est inscrite dans celle d’une filiation (fils, fille de) et dans celle d’une génération (enfants, parents, grands-parents etc.)
3 - qu’à apprendre et savoir sont des choses ordinaires, intéressantes, enrichissantes et source d’échanges.
Mais l’enfant, pour qui l’activité‚ de penser et/ou l’activité‚ de curiosité‚ auront ‚t‚ court-circuit‚es, malheureuses, dangereuses, défaillantes, troublantes, aura tous les risques de se retrouver en rééducation. Je dirais toutes les chances d’une rééducation : Il va trouver en la personne de la rééducatrice, celle qui pourra reprendre, MENER AVEC LUI, un processus normal, pour l’ACCOMPAGNER sur sa route. Les enfants en rééducation ne sont pas déficients. Ils sont en arrêt, peut-être aussi aux aguets - de celui ou de celle qui leur tendra la main, les amenant sur une terre bien ferme, o- l’imaginaire devient imagination, le langage : une mise … distance, diffère‚ du plaisir immédiat, la pensée : un objet de découverte les affects : des émotions vivables... ou le plaisir d’apprendre et le désir de savoir est un jeu d’enfant, … jouer seul et … plusieurs mais toujours source de vie.
GAPP : Groupe d’Aide PsychoPédagogique
RASED : R‚seaux d’Aides Spécialisées aux Elèves en Difficulté‚.
3- G.HERVE
TRANSFERT : Lien affectif intense s’instaurant de façon automatique et actuelle du patient … l’analyste.
CONTRE-TRANSFERT : Ensemble des r‚actions affectives conscientes ou inconscientes de l’analyste envers son client. Dictionnaire de la psychanalyse, Ed.Larousse.
F.COUTOU-COUMES - Le groupe familial nø121.
PH.GUTTON - le jeu chez l’enfant. Ed.librairie Larousse 1973.
R.DOREY - Le d‚sir de savoir, nature et destins de la curiosité‚ en psychanalyse. Ed.Denoël
D : W:WINNICOTT - Jeu et réalité, objets transitionnels et phénomènes transitionnels. Ed.Gallimard
Ibid., jeu et réalité
